Quand Marie m’a appelé, elle était épuisée. Trois visites d’EHPAD en une semaine, des plaquettes toutes plus belles les unes que les autres, et toujours cette même question : comment savoir si ma mère sera vraiment bien ici ? Cette angoisse, je l’entends chaque semaine. Et je comprends : vous n’êtes pas professionnel, vous n’avez pas de grille de lecture, et pourtant vous devez prendre une décision lourde de conséquences. Ce guide vous donne les critères qui comptent vraiment — ceux que j’utilise moi-même quand j’accompagne des familles en Île-de-France.
Les 5 critères qui font vraiment la différence
- Le ratio soignants/résidents (demandez le chiffre exact, pas une moyenne)
- L’ambiance des espaces communs (observez, ne vous fiez pas aux photos)
- La présence infirmière de nuit (pas juste une astreinte téléphonique)
- Le projet de vie personnalisé (existe-t-il vraiment ou c’est du papier ?)
- Les protocoles en cas d’urgence ou de dégradation de l’état de santé
Pourquoi certains critères comptent plus que d’autres (et lesquels négliger)
Soyons honnêtes : quand vous visitez un EHPAD, vous êtes submergé d’informations. La direction vous montre la chambre modèle, vous parle du jardin, vous fait visiter la salle d’activités. Tout ça, c’est bien. Mais ce n’est pas ce qui va déterminer si votre proche sera bien traité au quotidien.
Dans les familles que j’accompagne en Île-de-France, l’erreur la plus fréquente que je constate : se focaliser sur la chambre lors de la visite et négliger les espaces de vie commune. C’est pourtant là que le résident passera la majorité de son temps éveillé. Ce constat n’est pas généralisable à tous les contextes, mais il revient systématiquement dans mes accompagnements.
La vraie question à se poser : qu’est-ce qui impacte le quotidien de votre proche ? Pas la taille de la télévision dans le salon, mais le nombre de soignants présents la nuit. Pas la couleur des murs, mais l’attitude du personnel quand vous arrivez à l’improviste. Selon le référentiel HAS 2025, 157 critères d’évaluation existent pour les EHPAD, dont 18 sont considérés comme impératifs. Mais seulement 19 % des établissements maîtrisent parfaitement ces 18 critères. Ça vous dit quelque chose sur la réalité du terrain.
Pour approfondir le fonctionnement des EHPAD et services proposés, je vous recommande de comprendre d’abord la structure de base avant d’évaluer les extras.
Les critères de confort qui changent vraiment le quotidien
La chambre : au-delà de la superficie
La surface minimale réglementaire d’une chambre individuelle est fixée entre 18 et 22 m² pour les constructions neuves, aux termes de l’arrêté du 26 avril 1999. Pour les établissements plus anciens, comptez plutôt 16 à 20 m². C’est le minimum légal. Mais franchement, la superficie n’est pas tout.
Ce que je vérifie systématiquement :
- La luminosité naturelle — une chambre orientée nord peut être déprimante sur le long terme
- La possibilité de personnaliser l’espace — peut-on accrocher des photos, amener un petit meuble ?
- La vue depuis la fenêtre — un mur ou un jardin, ça change tout
- Le cabinet de toilette intégré (douche, lavabo, sanitaires) — c’est obligatoire, mais vérifiez l’accessibilité réelle

Les espaces de vie commune : là où tout se joue
Je pense à ce dossier traité à Paris l’année dernière. Mme Legrand, 62 ans, cadre administrative, cherchait un EHPAD pour sa mère de 87 ans atteinte d’Alzheimer débutant, secteur Paris 14ème. Elle avait visité trois établissements en ne regardant que les chambres et les tarifs. Elle n’avait pas vérifié le ratio soignants/résidents, ni les protocoles de nuit. Je l’ai réorientée vers un autre établissement après avoir utilisé une grille d’évaluation complète. Sa mère y est depuis huit mois et se porte bien.
Ce qui me met hors de moi : les familles qui découvrent après coup que les résidents restent enfermés dans leur chambre parce que les espaces communs sont déserts ou mal organisés. Lors de votre visite, observez :
- Les résidents sont-ils présents dans les salons ou tous dans leurs chambres ?
- Y a-t-il des interactions entre eux, ou chacun est-il isolé devant la télé ?
- Le personnel circule-t-il, échange-t-il avec les résidents ?
- L’odeur est-elle agréable (c’est un indicateur basique mais révélateur)
La vie sociale et les activités : le critère invisible
Sur le papier, tous les EHPAD proposent des animations. La réalité est souvent différente. Ce que les brochures ne vous disent pas : certains établissements affichent un programme d’activités ambitieux mais n’ont pas le personnel pour le mettre en œuvre.
Demandez à voir le planning réel de la semaine précédente, pas celui prévu. Demandez combien de résidents participent effectivement. Et surtout, vérifiez si des sorties extérieures sont organisées — c’est un marqueur fort de qualité de vie.
Les critères de sécurité non négociables

Sécurité physique : équipements et accessibilité
Les chutes sont l’un des accidents les plus fréquents en EHPAD. Les équipements de prévention ne sont pas optionnels :
- Barres d’appui dans les couloirs et salles de bain
- Sols antidérapants (vérifiez particulièrement les zones humides)
- Éclairage suffisant, y compris la nuit
- Système d’appel d’urgence dans chaque chambre — c’est obligatoire, mais testez-le
Si vous cherchez des EHPAD dans le 14ème arrondissement de Paris, vérifiez systématiquement ces équipements lors de vos visites. Les établissements récents les intègrent mieux que les structures anciennes rénovées.
Sécurité sanitaire : le ratio soignants/résidents
C’est LE critère que vous devez absolument vérifier. Et c’est celui qu’on vous donne le moins spontanément.
Selon le rapport du Sénat sur la situation des EHPAD, le taux d’encadrement actuel tourne autour de 3,7 équivalents temps plein (ETP) soignants pour 10 résidents. L’objectif est d’atteindre 4,5 ETP d’ici 2030. Mais la Défenseure des droits recommande un ratio minimal de 8 soignants et animateurs pour 10 résidents. Dans les pays nordiques, c’est 10 pour 10.
6 soignants pour 10 résidents
Ratio moyen actuel en France vs 8/10 recommandé par la Défenseure des droits
Concrètement, posez la question directement : combien d’aides-soignants sont présents le matin pour les toilettes ? Combien la nuit ? Ne vous contentez pas d’une réponse vague.
Sécurité humaine : la gestion des situations de crise
La présence d’un médecin coordonnateur fait partie des obligations réglementaires des EHPAD. Mais ce qui compte, c’est ce qui se passe la nuit ou le week-end quand l’état de santé d’un résident se dégrade.
Questions à poser :
- Y a-t-il une infirmière présente physiquement la nuit, ou juste une astreinte téléphonique ?
- Quel est le protocole en cas d’urgence médicale ?
- Comment sont gérées les hospitalisations ?
- Existe-t-il une procédure de signalement interne pour les familles ?
Signaux d’alerte à ne jamais ignorer
Lors de mes accompagnements, certains détails me font immédiatement douter d’un établissement :
- Le personnel évite de répondre aux questions sur les effectifs de nuit
- Impossible de visiter à l’improviste ou en dehors des horaires prévus
- Aucun résident visible dans les espaces communs en milieu de journée
- Odeur d’urine persistante dans les couloirs
- Personnel qui ne connaît pas le prénom des résidents
Comment vérifier ces critères lors d’une visite (sans être professionnel)
Vous n’êtes pas inspecteur de l’ARS, et c’est normal. Mais vous pouvez adopter une méthode simple qui vous évitera les mauvaises surprises.

Méthode de visite en 4 temps
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J-7 : Préparez votre grille
Listez vos critères non négociables (ratio soignants, présence nuit, etc.) et vos questions précises.
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Jour J matin : Visite officielle
Arrivez à l’heure du petit-déjeuner si possible. Observez l’ambiance, rencontrez la direction, posez toutes vos questions.
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J+3 : Visite surprise l’après-midi
Repassez sans prévenir. L’ambiance est-elle la même ? Le personnel est-il aussi présent ?
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J+7 : Décision éclairée
Comparez vos notes entre établissements. Fiez-vous à votre ressenti autant qu’aux chiffres.
Mon conseil après des années d’accompagnement : Ne visitez jamais un seul établissement. Même si le premier vous plaît, visitez-en au moins deux autres. C’est la comparaison qui vous permettra de voir ce qui est normal et ce qui est exceptionnel (dans un sens comme dans l’autre).
Votre grille de visite en 15 points
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Ratio soignants/résidents communiqué clairement
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Présence infirmière de nuit physique (pas juste astreinte)
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Chambres lumineuses avec vue dégagée
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Personnalisation de la chambre autorisée
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Espaces communs occupés par des résidents
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Interactions visibles entre résidents et personnel
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Barres d’appui et sols antidérapants présents
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Système d’appel d’urgence fonctionnel dans chaque chambre
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Planning d’activités réel (pas juste théorique)
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Sorties extérieures organisées régulièrement
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Projet de vie personnalisé évoqué spontanément
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Protocole d’urgence expliqué clairement
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Absence d’odeur désagréable persistante
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Personnel connaissant les prénoms des résidents
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Visite à l’improviste possible et bien accueillie
Vos questions sur les critères de qualité en EHPAD
Comment savoir si un EHPAD est vraiment de qualité ?
Consultez les résultats d’évaluation sur Qualiscope (site de la HAS) où sont publiés les rapports qualité de plus de 12 000 EHPAD. Les notes vont de A à D. Mais ne vous fiez pas qu’aux notes : faites une visite surprise et observez l’ambiance réelle, les interactions entre personnel et résidents, l’état des espaces communs.
Quel est le bon ratio soignants/résidents à demander ?
La moyenne nationale tourne autour de 6 soignants pour 10 résidents. La Défenseure des droits recommande au minimum 8 pour 10. Demandez le chiffre exact lors de votre visite, et particulièrement le nombre de soignants présents la nuit. Un établissement qui refuse de répondre clairement à cette question est un signal d’alerte.
Que faire si je constate des problèmes après l’admission ?
Commencez par signaler le problème à la direction et au Conseil de la Vie Sociale (CVS) de l’établissement. Si aucune amélioration n’est constatée, vous pouvez saisir l’ARS (Agence Régionale de Santé) qui effectue des contrôles. Le Défenseur des droits peut également être saisi en cas de maltraitance suspectée.
Les labels qualité sont-ils fiables ?
Les certifications comme Qualicert attestent d’engagements spécifiques de l’établissement, mais elles ne garantissent pas tout. Rien ne remplace votre propre observation. Un établissement sans label peut être excellent, et inversement. Utilisez les labels comme un indicateur parmi d’autres, pas comme une garantie absolue.
Et maintenant ?
Vous avez maintenant les clés pour évaluer un EHPAD avec un regard plus averti. Mais je ne vais pas vous mentir : même avec tous ces critères, le choix reste difficile. C’est une décision émotionnelle autant que rationnelle.
Ce que je recommande toujours aux familles que j’accompagne : faites confiance à votre ressenti après la visite surprise. Si quelque chose vous met mal à l’aise sans que vous puissiez l’expliquer, écoutez ce signal. Les critères objectifs sont importants, mais votre intuition de proche aidant l’est tout autant.
La prochaine étape pour vous : prenez rendez-vous pour visiter au moins trois établissements, avec votre grille en main. Et n’hésitez pas à revenir à l’improviste.
Ce que cet article ne remplace pas
- Ce guide ne remplace pas une visite physique de l’établissement et un échange avec l’équipe soignante
- Chaque situation de dépendance est unique et nécessite une évaluation personnalisée par un professionnel (médecin, assistant social)
- Les normes et tarifs mentionnés peuvent varier selon les régions et évoluer dans le temps
Risques à garder en tête :
- Se fier uniquement aux documents commerciaux sans vérification terrain
- Sous-estimer l’importance du ratio soignants/résidents dans le confort quotidien
Pour un accompagnement personnalisé, contactez votre médecin traitant, l’assistant social du CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination) de votre secteur, ou un conseiller spécialisé.
